Gérald Frydman
Métier : Réalisateur
Adresse : 41, boulevard Charlemagne
Ville : 1000 Bruxelles
Pays : Belgique
Tél : +32 2 230 58 80
Fax : +32 2 231 09 89
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Filmographie Cinergie
Entrevue filmée
- Gérald Frydman - Le Maillon faible - paru dans le webzine n° 91 - Février 2005
- Gérald Frydman : Agulana et le Cheval de fer à Cannes - paru dans le webzine n° 105 - mai 2006
Entrevue
- Gérald Frydman : Enquête sur la télévision publique - paru dans le webzine n° 91 - Février 2005
- Gérald Frydman - paru dans le webzine n° 42 - Septembre 2000
- Cannes-Gerald Frydman - paru dans le webzine n° 105 - mai 2006
Critique
- Scarabus de Gérald Frydman - paru dans le webzine n° 58 - Février 2002
- Arthur Masson, l'homme qui écrivait des livres de Gérald Frydman - paru dans le webzine n° 42 - Septembre 2000
Dossier
- Gérald Frydman - Les Enfants du ciné - paru dans le webzine n° 114 - mars 2007
Comme Monsieur Jourdain
J'étais un "teenager" dans les années 50. On dirait le titre d'un film de série Z.
Aller au cinéma, dans les années 50, était quelque chose de pas sérieux du tout, aimer les films américains encore moins et aimer certains films comme les westerns, les comédies musicales, les films policiers et les films d'horreur, carrément inavouable... Tout comme il était jugé dangereux de lire trop de bandes dessinées, une perte de temps d'écouter les jeux radiophoniques, les chanteurs de variétés, le tour de France et Luc Varenne. Mieux valait, au risque de passer pour un total débile, ne pas montrer un réel intérêt pour Jerry Lewis, Marilyn Monroe, Burt Lancaster, Jacques Tourneur, Samuel Fuller, Certains l'aiment chaud, Rio Bravo ou la Mort aux trousses, comme pour Simenon, d'ailleurs, ou Hergé.
La culture, la vraie, celle qu'on dégustait le petit doigt levé, passait par le Palais des Beaux-Arts et pas par celui des cotillons. L'art dramatique passait par le Théâtre National, la musique par le Conservatoire, la danse par l'Opéra, le dessin par le Musée des Beaux-Arts et la littérature par le cours de français et le Ministère de la culture.
C'est vrai que pour un "teenager", vue ainsi, la culture et, a fortiori, la carrière artistique, comme on dit, ne me concernait pas du tout.
Mais dans les années 50, François Truffaut commença à écrire dans Arts et Spectacles, avec Claude Chabrol, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard, puis vinrent Les Cahiers du Cinéma à Paris, Les Amis du Film à Bruxelles, La Libre Belgique confia ses pages cinéma à Théodore Louis et André Cavens, l'INR donna carte blanche à deux jeunes journalistes passionnés, Henri Roanne et Gérard Valet, pour une émission de radio hebdomadaire intitulée L'Amour du cinéma...
Grâce à eux, et à bien d'autres encore de la presse écrite (Bertrand Tavernier, la revue belge Script dont il n'y eut hélas que quelques numéros, Denis Marion, André Falk, André Thirifays) parlée, ensuite, télévisée (Selim Sasson, Dimitri Balachoff), le "teenager" découvrit, un peu comme Monsieur Jourdain, qu'il faisait au fond de la prose sans le savoir. C'est-à-dire que la danse, c'était aussi Gene Kelly, Fred Astaire, Stanley Donen. Le dessin c'était aussi Tex Avery, Stephen Bosustow, Saul Bass, le théâtre c'était aussi l'Actor's Studio, la musique c'était aussi le jazz et le rock'n roll. Et que le cinéma, c'était aussi Hitchcock, Hawks, Lang, Aldrich, Kubrick, Minnelli, Fellini, Becker, Lubitsch, Ophuls, Boetticher, Daves, Mann, Lewis, Siodmak, Parrish, Lerner... et beaucoup d'autres exclus, dont je pouvais voir les films, non pas dans les musées, mais en écumant les salles de quartier (il y en avait environ cent cinquante) aux quatre coins de Bruxelles.
Ah les cinés Bali, Rixy, Tivoli, Faby, Dixy, Monty, Piron, Raf, Victory, Filmac, Cineac, Corso, Rialto, Royal Nord... !
Bref, en ce centenaire du cinéma, je voudrais célébrer ces journalistes, critiques de cinéma, dont le rôle a été presque aussi important que les films eux-mêmes. Ils ont en effet accompli une tâche énorme et bénéfique : ils ont déculpabilisé le public et changé les mentalités.
Grâce à eux, le cinéma est devenu un art ouvert, populaire, un aliment complet, un loisir actif, pour moi qui en ai fait mon métier.
Sans eux - beaucoup sont devenus de grands cinéastes - le "teenager" que j'étais, et que je reste, n'aurait probablement jamais osé s'y aventurer.
J'étais un "teenager" dans les années 50. On dirait le titre d'un film de série Z.
Aller au cinéma, dans les années 50, était quelque chose de pas sérieux du tout, aimer les films américains encore moins et aimer certains films comme les westerns, les comédies musicales, les films policiers et les films d'horreur, carrément inavouable... Tout comme il était jugé dangereux de lire trop de bandes dessinées, une perte de temps d'écouter les jeux radiophoniques, les chanteurs de variétés, le tour de France et Luc Varenne. Mieux valait, au risque de passer pour un total débile, ne pas montrer un réel intérêt pour Jerry Lewis, Marilyn Monroe, Burt Lancaster, Jacques Tourneur, Samuel Fuller, Certains l'aiment chaud, Rio Bravo ou la Mort aux trousses, comme pour Simenon, d'ailleurs, ou Hergé.
La culture, la vraie, celle qu'on dégustait le petit doigt levé, passait par le Palais des Beaux-Arts et pas par celui des cotillons. L'art dramatique passait par le Théâtre National, la musique par le Conservatoire, la danse par l'Opéra, le dessin par le Musée des Beaux-Arts et la littérature par le cours de français et le Ministère de la culture.
C'est vrai que pour un "teenager", vue ainsi, la culture et, a fortiori, la carrière artistique, comme on dit, ne me concernait pas du tout.
Mais dans les années 50, François Truffaut commença à écrire dans Arts et Spectacles, avec Claude Chabrol, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard, puis vinrent Les Cahiers du Cinéma à Paris, Les Amis du Film à Bruxelles, La Libre Belgique confia ses pages cinéma à Théodore Louis et André Cavens, l'INR donna carte blanche à deux jeunes journalistes passionnés, Henri Roanne et Gérard Valet, pour une émission de radio hebdomadaire intitulée L'Amour du cinéma...
Grâce à eux, et à bien d'autres encore de la presse écrite (Bertrand Tavernier, la revue belge Script dont il n'y eut hélas que quelques numéros, Denis Marion, André Falk, André Thirifays) parlée, ensuite, télévisée (Selim Sasson, Dimitri Balachoff), le "teenager" découvrit, un peu comme Monsieur Jourdain, qu'il faisait au fond de la prose sans le savoir. C'est-à-dire que la danse, c'était aussi Gene Kelly, Fred Astaire, Stanley Donen. Le dessin c'était aussi Tex Avery, Stephen Bosustow, Saul Bass, le théâtre c'était aussi l'Actor's Studio, la musique c'était aussi le jazz et le rock'n roll. Et que le cinéma, c'était aussi Hitchcock, Hawks, Lang, Aldrich, Kubrick, Minnelli, Fellini, Becker, Lubitsch, Ophuls, Boetticher, Daves, Mann, Lewis, Siodmak, Parrish, Lerner... et beaucoup d'autres exclus, dont je pouvais voir les films, non pas dans les musées, mais en écumant les salles de quartier (il y en avait environ cent cinquante) aux quatre coins de Bruxelles.
Ah les cinés Bali, Rixy, Tivoli, Faby, Dixy, Monty, Piron, Raf, Victory, Filmac, Cineac, Corso, Rialto, Royal Nord... !
Bref, en ce centenaire du cinéma, je voudrais célébrer ces journalistes, critiques de cinéma, dont le rôle a été presque aussi important que les films eux-mêmes. Ils ont en effet accompli une tâche énorme et bénéfique : ils ont déculpabilisé le public et changé les mentalités.
Grâce à eux, le cinéma est devenu un art ouvert, populaire, un aliment complet, un loisir actif, pour moi qui en ai fait mon métier.
Sans eux - beaucoup sont devenus de grands cinéastes - le "teenager" que j'étais, et que je reste, n'aurait probablement jamais osé s'y aventurer.
Gérald Frydman






