Luc Jabon
Métier : Réalisateur, Scénariste affilié ASA
Adresse : 100, rue du Tilleul
Ville : 1640 Rhode-Saint-Genèse
Pays : Belgique
Tél : +32 2 512 02 99
Fax : +32 2 512 02 99
Email : Cliquez ici
Vous avez remarqué une erreur dans votre fiche?Dites-le nous
Filmographie Cinergie
Entrevue filmée
- Luc Jabon et Marian Handwerker : Avec le temps... - paru dans le webzine n° 107 - juillet - août 2006
- Tax Shelter, perspectives avec Patrick Quinet et Luc Jabon - paru dans le webzine n° 118 - juillet-août 2007
Entrevue
- Luc Jabon - paru dans le webzine n° 24 - Janvier 1999
- Luc Jabon - paru dans le webzine n° Spécial 2001 - Janvier 2001
- Luc Jabon et Marian Handwerker : Avec le temps... - paru dans le webzine n° 107 - juillet - août 2006
Critique
- La vie d'un lecteur au temps de la fin du livre de Luc Jabon - paru dans le webzine n° 87 - Octobre 2004
Dossier
- Luc Jabon à propos de la SACD - paru dans le webzine n° 60 - Avril 2002
- Le pay-in, pay-off - paru dans le webzine n° 44 - Novembre 2000
- Le pay-in, pay-off - paru dans le webzine n° 43 - Octobre 2000
- Tax Shelter, quatre ans d'existence. Le point avec Patrick Quinet et Luc Jabon - paru dans le webzine n° 118 - juillet-août 2007
Métiers
- Scénariste : Luc Jabon - paru dans le webzine n° 27 - Avril 1999
- Scénariste : Luc Jabon (deuxième partie) - paru dans le webzine n° 30 - Juillet-août 1999
Menkao
Les matitis. Les serpents. Les bambous. La brousse. A 120 km de Léo, au milieu des années 50, sur le plateau des Bateke, Menkao. Derrière la maison, il y a un profond ravin, aussi silencieux le jour que bruyant la nuit. Les animaux de la jungle viennent s'abreuver à la rivière avant de s'entre-dévorer. Dans la grande case où il célèbre la messe du dimanche, Paul, le missionnaire de Scheut, apporte, outre ses objets liturgiques, un projecteur 16 mm sonore. Mon père et son ami Ansaldi installent le groupe électrogène. A la tombée de la nuit, à 18h30, la grande case est à nouveau bourrée de monde. Beaucoup d'enfants, assis sur n'importe quoi. Quelques faces blanches au milieu de la foule noire. De grands yeux illuminés par l'écran. Applaudissements nourris à la fin de la projection. Commentaires bruyants. Glissements soyeux. Le public disparaît dans l'obscurité profonde de la brousse. Le père Paul, avec sa barbe à la Léopold II, nous apporte dans la même case la parole de Dieu et les images du monde. Quelle parole ? Quelles images ? Plus personne ne le sait. J'ai peur à cinq ans, ça je le sais. Peur de presque tout. J'aime la peur. Tout est confus, maintenant. La messe, le cinéma, le sexe imberbe de ma petite voisine, les lianes, la moambe sur la terrasse, les colonnes de fourmis rouges brûlées par le pétrole. Un dimanche, pourtant, assis sur une caisse devant l'écran, j'ai dû me retourner. Voilà comment ça commence. On se retourne. Il y a la lumière aveuglante du projecteur. La barbe crasseuse et brillante que gratte le missionnaire. Mes parents, ma soeur et une centaine de visages sur lesquels alternent ou s'enchaînent l'immense variété des expressions humaines. Rires, perplexité, désir, colère, dégoût, étonnement... Celui qui se retourne, un jour, se lève. Il se dirige vers le fond, passe derrière la lumière, cherchant à découvrir le secret du spectacle projeté. Hors de la grande case, il n'y a que la nuit noire devant l'enfant. Et revient alors sa terreur ancestrale de la jungle qui se fiche de l'existence car elle ne "comprend" que les rapports de force. Pourtant, cette nuit-là, même la nature semble attendre la fin du film. L'enfant est revenu à côté du père Paul, derrière le projecteur. Entre la nuit qui est dans son dos et les dos nus qui sont devant lui (il fait très chaud), l'enfant trouve cette place étroite, précaire où le temps paraît suspendu. Pour la première fois, il se raconte ce qu'il voit. Qu'est-ce que c'est que ça ? Un mouvement du cou, qu'un bête torticolis aurait aboli, à la projection d'un film oublié, au milieu de la brousse coloniale... un pareil "événement" (si tant est qu'il ne relève pas lui-même d'une fiction) pourrait faire naître un désir de scénariste et décider de l'avenir d'une vie ?! Une image perdue, un geste dérisoire, une parole inconnue, un mirage, une énigme irrésolue, un désir secret offrent au chasseur d'ombre le sens.
Les matitis. Les serpents. Les bambous. La brousse. A 120 km de Léo, au milieu des années 50, sur le plateau des Bateke, Menkao. Derrière la maison, il y a un profond ravin, aussi silencieux le jour que bruyant la nuit. Les animaux de la jungle viennent s'abreuver à la rivière avant de s'entre-dévorer. Dans la grande case où il célèbre la messe du dimanche, Paul, le missionnaire de Scheut, apporte, outre ses objets liturgiques, un projecteur 16 mm sonore. Mon père et son ami Ansaldi installent le groupe électrogène. A la tombée de la nuit, à 18h30, la grande case est à nouveau bourrée de monde. Beaucoup d'enfants, assis sur n'importe quoi. Quelques faces blanches au milieu de la foule noire. De grands yeux illuminés par l'écran. Applaudissements nourris à la fin de la projection. Commentaires bruyants. Glissements soyeux. Le public disparaît dans l'obscurité profonde de la brousse. Le père Paul, avec sa barbe à la Léopold II, nous apporte dans la même case la parole de Dieu et les images du monde. Quelle parole ? Quelles images ? Plus personne ne le sait. J'ai peur à cinq ans, ça je le sais. Peur de presque tout. J'aime la peur. Tout est confus, maintenant. La messe, le cinéma, le sexe imberbe de ma petite voisine, les lianes, la moambe sur la terrasse, les colonnes de fourmis rouges brûlées par le pétrole. Un dimanche, pourtant, assis sur une caisse devant l'écran, j'ai dû me retourner. Voilà comment ça commence. On se retourne. Il y a la lumière aveuglante du projecteur. La barbe crasseuse et brillante que gratte le missionnaire. Mes parents, ma soeur et une centaine de visages sur lesquels alternent ou s'enchaînent l'immense variété des expressions humaines. Rires, perplexité, désir, colère, dégoût, étonnement... Celui qui se retourne, un jour, se lève. Il se dirige vers le fond, passe derrière la lumière, cherchant à découvrir le secret du spectacle projeté. Hors de la grande case, il n'y a que la nuit noire devant l'enfant. Et revient alors sa terreur ancestrale de la jungle qui se fiche de l'existence car elle ne "comprend" que les rapports de force. Pourtant, cette nuit-là, même la nature semble attendre la fin du film. L'enfant est revenu à côté du père Paul, derrière le projecteur. Entre la nuit qui est dans son dos et les dos nus qui sont devant lui (il fait très chaud), l'enfant trouve cette place étroite, précaire où le temps paraît suspendu. Pour la première fois, il se raconte ce qu'il voit. Qu'est-ce que c'est que ça ? Un mouvement du cou, qu'un bête torticolis aurait aboli, à la projection d'un film oublié, au milieu de la brousse coloniale... un pareil "événement" (si tant est qu'il ne relève pas lui-même d'une fiction) pourrait faire naître un désir de scénariste et décider de l'avenir d'une vie ?! Une image perdue, un geste dérisoire, une parole inconnue, un mirage, une énigme irrésolue, un désir secret offrent au chasseur d'ombre le sens.
Luc Jabon




















