décembre 2006
Entrevue filmée
Entrevue
- Isabelle Truc pour IOTA Production
- Luc Boland : Lettre à Lou
- L'acteur Laurent Lucas
- Valéry Rosier, réalisateur
Critique
- Je vais bien, ne t’en fais pas
- Personal Spectator de Emmanuel Jespers
- Jeu de dames de Christophe Hermans
- Klatt le chien de Alexis Vokaer
- L. de Vania Leturcq
- Death's Job de Johan Pollefoort
- Chloé de Patrice Bauduinet
- Recto Verso de Gabriel Jacquel
- Les Oeufs brouillés de Iao Lethem
- Vos papiers ! de Claire Fouquet
- Sirène de lune de Psyché Piras et de Sophie Collay
- Les Mots de Madame Jacquot de Mathias Desmarres
- Santos Palace de Hélène Cattet & Bruno Forzani
- Les Lumières du faubourg de Aki Kaurismäki
- Yeti de Valéry Rosier
Sortie DVD
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Prix des lycéens
Publication
- Images et démocratie : Les congolais face au cinéma et à l’audiovisuel
- A l’école du Cinéma : Exploiter le film de fiction dans l’enseignement secondaire
Tournage
DVDphiles : Coffret Luis Buñuel
La bonne surprise de ce passionnant coffret est la découverte de deux films peu connus de la période mexicaine de Buñuel qui permettent de mesurer sa faculté d’adaptation, sans que cela l’amène à renier sa morale personnelle formée à l’école du surréalisme.
En 1946, après avoir supervisé à Hollywood les versions espagnoles de films américains, Buñuel, sans travail, accepte l’invitation du producteur Oscar Dancigers à venir au Mexique. Il y réalisera vingt films, soit les deux tiers de sa filmographie. Le premier, Gran Casino, s’inscrit dans la tradition du mélo musical que Buñuel respecte en surface tout en refusant le sentimentalisme inhérent au genre. Lors de la grande scène de séduction – située dans une exploitation pétrolière - entre le chanteur Negrete et Libertad Lamarque, Buñuel remplace l’inévitable baiser par un plan du héros agitant sa badine dans une flaque de goudron. Quant aux autres «scènes d’amour», elles sont systématiquement liées à des tentatives de meurtre !
Quatorze ans plus tard, Buñuel tourne, toujours au Mexique mais cette fois avec des capitaux américains, The Young One, censé se passer en Caroline du Sud. La traque d’un Noir accusé de viol et la relation érotique d’un homme avec une très jeune fille lui fournit l’occasion de tordre le cou au «film à thèse» et de laisser le spectateur libre d’interpréter des situations d’une redoutable ambiguïté. Le film, qui sera un échec public, n’a rien perdu de son impact même si Buñuel avouait en 82, dans son autobiographie intitulée Mon dernier soupir : «Aujourd’hui, il est tout à fait bien porté de se dire anti-manichéen. Cette mode est devenue si commune qu’il me prend par moments une envie sincère de me proclamer manichéen et d’agir en conséquence.»

Sept films du coffret, de Belle de jour à Cet obscur objet du désir, couvrent la période française de Buñuel marquée, à une ou deux exceptions près, par sa collaboration avec le producteur Serge Silberman et le scénariste Jean-Claude Carrière. Ce dernier donne d’ailleurs dans les bonus de précieux renseignements sur leur collaboration et resitue le contexte dans lequel les œuvres ont été produites. Buñuel a déjà soixante-six ans quand il accepte le projet des frères Hakim d’adapter le roman de Kessel, Belle de jour. Pour cette commande, il essaie avec Carrière « de faire quelque chose qu’il aimerait à partir de quelque chose qu’il n’aimait pas ». Au départ, il s’agit de l’histoire frelatée d’une grande bourgeoise, traumatisée dans son enfance et frustrée sexuellement au point de se prostituer le jour. Fidèle à sa jeunesse marquée par le surréalisme, Buñuel va radicalement transformer ce «roman de gare» pour nous proposer une réalité élargie englobant l’imaginaire, le rêve et le fantasme. Pas de flous, pas de fondus pour marquer les transitions d’un niveau à l’autre mais un traitement à égalité, une fusion des contraires propre à déstabiliser et à fasciner le spectateur.
A partir de Belle de jour, Buñuel va, à chaque film, pousser plus avant son entreprise de déconstruction des conventions cinématographiques pour retrouver l’ouverture du réel avec ses multiples possibles, pour accueillir le hasard, la bifurcation, l’inattendu. Ce qui n’exclut pas un travail méticuleux sur le scénario, au fil de versions successives, sans cesse retravaillées (cinq moutures différentes sur deux ans et demi pour Le charme discret de la bourgeoisie).
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De La voie lactée à Cet obscur objet du désir, Buñuel dynamitera joyeusement les piliers du cinéma classique : la linéarité du récit (Le Fantôme de la liberté fonctionne comme une course de relais où chaque personage cède la place au suivant au moment où notre curiosité est à son point culminant), la chronologie (des mendiants, accomplissant en 68 le pélérinage de Compostelle, croisent sur leur route des hérétiques des siècles passés), l’identification du personnage avec le comédien (deux actrices, Carole Bouquet et Angela Molina, incarnent la même femme dans Cet obscur objet du désir). |
