novembre 2008
Editorial
Entrevue filmée
- Sur le tournage de la Régate de Bernard Bellefroid
- 9 mm de Taylan Barman
- Sur le montage de Soeur-Sourire de Stijn Coninx
- Frédéric Sojcher commente Cinéastes à tout prix
- Cinéma cinéastes - Ursula Meier
Entrevue
- Serge Meurant : carte blanche pour Filmer à tout prix
- Justine Montagner : Festival International des Ecoles de Cinéma de Huy
- Taylan Barman : 9 mm
- Portrait d' Emmanuel Jespers
Critique
- Home d’Ursula Meier
- Les Bureaux de Dieu de Claire Simon
- Noces de cendre de Pierre Eden Simon
- (N)iemand de Patrice Toye
- 9mm de Taylan Barman
Sortie DVD
- Triangle de Johnnie To
- L’Homme sans âge (Youth Without Youth) de Francis Ford Coppola
- Leven en dood op het land d'Emile Degelin - Belfilm
- Cinéastes à tout prix de Frédéric Sojcher
- Promets-moi d'Emir Kusturica
Publication
- Une histoire mondiale des cinémas de propagande
- Trafic 67 - automne 2008
- Jean-Jacques Rousseau, cinéaste de l’absurde
Tournage
Home
-
Entrevue filmée
Ursula Meier, Home -
Entrevue filmée
Cinéma cinéastes - Ursula Meier -
Entrevue filmée
Olivier Gourmet, le De Niro belge -
Entrevue filmée
Métier du cinéma : Susana Rossberg, monteuse -
Entrevue filmée
Le Prix des lycéens 2010 -
Entrevue
Olivier Gourmet : Home d'Ursula Meier -
Article
Leçon de cinéma belge
Ursula Meier
-
Entrevue filmée
Ursula Meier et L'enfant d'en haut -
Entrevue
Entretien : Ursula Meier L’enfant d’en haut -
Entrevue
Ursula Meier -
Entrevue
Ursula Meier -
Critique
L’enfant d’en haut d’Ursula Meier -
Critique
Des épaules solides d'Ursula Meier -
Critique
Tous à table d'Ursula Meier -
Critique
Autour de Pinget d'Ursula Meier -
Critique
Autour de Pinget d'Ursula Meier -
Article
Gros plan sur Ursula Meier
Home d’Ursula Meier
Petit précis de décomposition psychique, ou l’art de la subversion
Comme les rêves qui s’éclairent souvent quand on les prend au pied de la lettre, le premier long métrage d’Ursula Meier, Home, se tisse tout entier autour d’une métaphore, prise au sens propre du terme : « Qu’une famille est étouffante ». Et le film, drôle, tendre et subversif, de dévider l’image jusqu’en ses plus extrêmes limites.
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Au bord d’une autoroute abandonnée depuis plusieurs d’années, une famille a élu domicile. Aux premières images du film, dans la nuit tombée, parents et enfants jouent au hockey sur la route déserte qu’ils se sont appropriée. La caméra, virevoltante de l’un à l’autre, est dans la mêlée des corps, dans les heurts et les caresses, à fleur de peau. En filmant les allées et venues de chacun, les mouvements chorégraphiés les uns par rapport aux autres et la répétition du quotidien, Home capte le ballet bien rodé d’une famille où chacun « entre dans la danse, saute, embrasse qui il veut », |
| Dans ce joyeux bordel maintenu à l’écart par la route déserte, en dehors des sentiers battus, où la piscine en plastique et le barbecue trônent sur le macadam et où les doubles voies servent de piste de hockey ou de rollers, tout est mise en partage. Ou presque. Car ça résiste un peu, quand même, là parce qu’une jeune fille refuse de se mettre en maillot de bain. Ici, parce qu’une autre est toujours à demi nue et qu’elle écoute la musique si fort qu’elle n’entend rien. Le troisième, plus petit,caressé, balloté et tiré par les uns et les autres n’a pour le moment pas de questions. Chacun ses défenses donc, comme il peut. | ![]() |
Alors une autre chorégraphie tente de s’organiser. Parce qu’elle s’est fortifiée autour d’une figure maternelle qui refuse de « tout recommencer » (à laquelle on adhère grâce à la finesse d’Isabelle Huppert qui l’incarne), fragile, protégée par tous et en équilibre au bord d’un invisible précipice, la famille qui s’est enracinée là, va y rester. Refusant de quitter les lieux, elle cherche de nouveaux rituels autour de l’autoroute (du goûter balancé envers et contre tout par-dessus les doubles voies jusqu’au tunnel emprunté sous la route), tentant de faire face (ou comment faire transiter un congélateur par-dessus une autoroute ?) à l’invasion des bruits, du flot et du mouvement, toujours grondant, toujours montant. Mais rien ne peut y faire barrage, et elle sera entraînée elle-même de plus en plus loin, glissant peu à peu dans sa propre violence mise à nu par la lutte qui s’engage avec le dehors.
Home est un étonnant huis clos familial qui saute de la lumière à l’ombre, entre Eros et Thanatos, d’une utopie construite et maintenue dans l’écart où l’organisme familial fonctionnerait en autonomie amoureuse, à sa mise en péril par le retour de l’extérieur jusqu’au cauchemar angoissant du retranchement mortifère. Un véritable précis de décomposition psychique, où l’isolement bénéfique se transforme en menace quand il résiste à l’invasion, que chacun tente de parer avec ses névroses à la folie montante, où la décompensation des uns entraîne celle des autres. Et finalement, le territoire explose et l’étouffement qui menaçait, de s’être frotté au réel, finit par se vider, comme un abcès. Ursula Meier a des visions bergmaniennes de l’individu et de sa psyché prise dans les filets de l’inconscient familial. Mais son cinéma, qui ne connaît aucune forme d’hiératisme, penche plus du côté de Cassavetes, cinéaste du désir, du flux, du torrent.
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Burlesque, puis absurde avant de devenir fantastique et cauchemardesque, Home évolue à mesure de son déroulement, pris lui-même dans cette chorégraphie en mutation. Le film ne s’arrête jamais dans une atmosphère, chacune venant subvertir la précédente. Tantôt vibrante au fil des corps qu’elle suit, tantôt immobile, pétrifiée elle aussi, la caméra d’Agnès Godard évolue en même temps que l’organisme familial, éclairant là l’espace ouvert d’une lumière parfois hyperréaliste, parfois évanescente, cadrant là des profondeurs de champ bouché dans des ambiances contrastées de cauchemars éveillés. |
Peut-être peut-on alors résumer ce film inclassable et cette démarche de réalisateur sauvage comme la tentative justement de faire sauter et les pavés et la plage, d’aller filmer ce qui résiste, toujours, à toutes les mises en ordre, à tous les organismes, à toutes les organisations, ce qu’aucune parole n’ordonne (et la parole est toujours d’ordre). Comme l’immense réalisateur américain, ce que filme Ursula Meier, on dirait justement que c’est ce qui ne se filme pas, ce qui échappe, inconditionnellement, qui bourdonne inlassablement, par-delà toute mise en forme ou en image : le mouvement, l’éros, le vivant.




