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Janvier 2012
 

Images d'Ostende, les films ostendais, Henri Storck

jaquette de Image d'Ostende d'Henri Storck Images d'Ostende

Lorsqu'il parlait de ses débuts, Henri Storck rappelait, qu’à la fin des années 20, le cinéma belge était très actif au niveau de la distribution et de la diffusion en salles, et tout à fait inexistant au niveau de la production. Dans la réalisation, l’artisanat était tel, que chacun possédait son propre laboratoire à domicile pour développer les nouvelles pellicules panchromatiques (une révolution par rapport à l'émulsion orthochromatique dont la couche noir et blanc ne reproduisait pas la couleur rouge).

C'était un cinéma loin des studios, bien avant que la Nouvelle Vague ne revienne à un cinéma de la pauvreté. Une époque très inventive pour Storck, pionnier du cinéma avec Charles Dekeukeleire, auteurs d'un art utopique qui allait ainsi devenir le septième art. Les « humoristes » expliqueront que les débuts du cinéma ressemblent aux innocents les mains pleines, les autres se souviendront qu’en Belgique, une Nouvelle Vague est portée, à la fin des années 20, par les ciné-clubs (comme la française dans l'après-guerre 40-45). Les passionnés du cinéma vont alors créer le studio du Palais des Beaux-Arts, et diverses salles d'Art et d'essai à Bruxelles. Le programme de ces « jeunes turcs » est résumé par Charles Dekeukeleire pour qui le metteur en scène est « un auteur : un homme qui pétrit la matière ». Son film Impatience, au surplace étourdissant et aux images sans progression narrative, est projeté à Ostende au club du cinéma d'Henri Storck, et fait scandale (on y voit une motocycliste en cuir noir, à demi nue.)

 

En 1929, Henri Storck quitte l'aisance bourgeoise d'une famille commerçante pour un artisanat très bohème. Proche des milieux artistiques qui s'intéressent au constructivisme, à l'architecture et à la peinture, il découvre Permeke et Labisse.

Ses premiers films en 9,5 mm sont expérimentaux comme Pour vos beaux yeux (1929), sur une idée de Labisse. Histoire du soldat inconnu est un film de collage réalisé en montant les images des actualités Eclair. Sur les bords de la caméra offre un puzzle d'images sur le fil de l'association libre. Storck démarre comme le feront les situationnistes, vingt ans plus tard, en détournant la pellicule de vues tournées par d'autres (1). Economiquement, comme le fait remarquer Frédéric Sojcher, ces films expérimentaux sont réalisés avec de pauvres moyens.

À Paris, sous les conseils de Léon Moussinac, Storck achète une caméra 35mm produite par Zeiss-Ikon. Devenu « cinématographiste officiel » de la ville d'Ostende, Storck qui s'intéresse davantage – via Flaherty – au monde réel, va donc réaliser des films sur sa ville natale. Il dira, bien plus tard, à Dominique Païni, avec cet humour malicieux et faussement innocent qui le caractérise : « des commandes, cher ami, presque tout !» (2)

Sourions doucement. Car revoir ou découvrir les films sur Ostende est un choc pour les jeunes générations, non pas à cause du charme des Ostendaises, mais par la poésie, la sensualité, l'harmonie d'un monde qui joue sur les quatre éléments (l'eau, la terre, l'air et le feu) d’une manière extraordinairement inventive. Un cinéma du réel certes, mais plus encore les traces d'un parcours, d'une enfance heureuse d’un réalisateur qui nous offre le jardin d'Eden avant la chute.

Heureusement, Henri Storck était archiviste dans l’âme et gardait tout, d'où la richesse de ce premier DVD dans lequel nous pouvons découvrir outre Images d'Ostende (1929-1930) et Une idylle à la plage (1931), des films moins connus comme Une fête au hareng (1930), Trains de plaisir (1930), Ostende reine des plages (1931), Les jeux de l'été et de la mer, Vacances (1938) et aussi Ostende 1930 de Luc de Heusch (2004) à partir des rushs non utilisés par Henri Storck. Une belle Ostende de la belle époque.

Terminons sur une note d’espoir, en nous disant que, bientôt, nous aurons une troisième Nouvelle Vague qui nous délivrera des adeptes du cinéma purement commercial dont on ne cesse de poubelliser le cinéma.

Ce que l'on conserve du cinéma de la pauvreté a le mérite d'offrir au spectateur, un charme inégalé.

 

(1) Découvrir Impatience et les films expérimentaux de Storck in Avant-garde (1927-1937), DVD édité par la Cinematek.

 

(2) Une encyclopédie des cinémas de Belgique, éditions Yellow Now.

Images d'Ostende, les films ostendais, Henri Storck, édité par la Cinematèque de FWB, le Fonds Henri Storck & Cinematek.

Jean-Michel Vlaeminckx
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