décembre 2006
Entrevue filmée
Entrevue
- Isabelle Truc pour IOTA Production
- Luc Boland : Lettre à Lou
- L'acteur Laurent Lucas
- Valéry Rosier, réalisateur
Critique
- Je vais bien, ne t’en fais pas
- Personal Spectator de Emmanuel Jespers
- Jeu de dames de Christophe Hermans
- Klatt le chien de Alexis Vokaer
- L. de Vania Leturcq
- Death's Job de Johan Pollefoort
- Chloé de Patrice Bauduinet
- Recto Verso de Gabriel Jacquel
- Les Oeufs brouillés de Iao Lethem
- Vos papiers ! de Claire Fouquet
- Sirène de lune de Psyché Piras et de Sophie Collay
- Les Mots de Madame Jacquot de Mathias Desmarres
- Santos Palace de Hélène Cattet & Bruno Forzani
- Les Lumières du faubourg de Aki Kaurismäki
- Yeti de Valéry Rosier
Sortie DVD
Dossier
Evénements
Prix des lycéens
Publication
- Images et démocratie : Les congolais face au cinéma et à l’audiovisuel
- A l’école du Cinéma : Exploiter le film de fiction dans l’enseignement secondaire
Tournage
Mathias Desmarres
-
Critique
Bye Bye Caravane de Mathias Desmarres -
Critique
Bye Bye Caravane de Mathias Desmarres -
Critique
Costume en partage de Mathias Desmarres -
Critique
Le costume en partage de Mathias Desmarres
Les Mots de Madame Jacquot
Les Mots de Madame Jacquot de Mathias Desmarres
Le Scrabble mène à tout
Cinéaste documentaire, Mathias Desmarres aime approcher les gens, les filmer parfois de très près dans leur quotidien pour en retirer des sujets personnels, quelques peu insolites. A la façon des meilleurs sujets de feu le magazine Strip Tease, il parvient avec beaucoup de finesse, à leur donner un parfum d’universel. L’année dernière, lors de ce même festival, il s’était fait remarquer avec Bye Bye Caravane, qui nous faisait partager l’angoisse d’une mère et de ses trois enfants devant déménager d’un camping résidentiel vers une habitation sociale. Ici, il plante sa caméra dans une séniorerie, au milieu de l’appartement de Mme Jacquot, une « jeune centenaire » à qui il rend régulièrement visite pour disputer avec elle d’étonnantes parties de Scrabble.
Et comme elle n'aime pas perdre au Scrabble, pourquoi ne pas en tirer un petit avantage. En filigrane, au fil des conversations qu'elle a avec Mathias, on devine la profonde solitude de la vielle dame, sa peur d'être abandonnée.

Le dispositif est des plus simples. A chacune de ses visites, Mathias apporte une caméra vidéo qu'il installe dans la pièce, choisit l'angle, le cadre, puis laisse tourner. Le reste (choix de scènes, mise en place des rencontres,…) est affaire de montage. Il en ressort des situations d'une spontanéité et d'une fraîcheur remarquables puisque, après quelques minutes, Mme Jacquot finit par ne plus prêter attention à l'existence de la caméra. Le portrait de vieille dame qui s'en dégage est à la fois savoureux, drôle, tendre et d'une douce tristesse. Car comme toutes les personnes très âgées, Madame Jacquot s'embrouille un peu dans les jours, les dates, les noms.
Après un premier court déjà remarqué, il fait du jeune Mathias Desmarres l'un des documentaristes les plus prometteurs de notre paysage audiovisuel. Mais la force du film est aussi sa faiblesse. En effet, Mathias oriente ce regard du début à la fin. Aucune mise en situation, aucun épilogue ne permet au spectateur de situer cette relation dans un contexte plus large. Mathias se garde bien de nous dire qui est, pour lui, Madame Jacquot; pourquoi et depuis combien de temps il va la voir; si cette relation s'est développée pour le film ou dans un cadre plus large. Centré sur les entrevues, le documentaire néglige de nous en donner le contexte. Danger, car partant de là, toutes les manipulations deviennent possible, celle du sujet (Mme Jacquot) comme celle du public. Sans doute, la relation entre la vieille dame et le réalisateur est-elle plus profonde que le simple cadre du film et se poursuivra au-delà de celui-ci, mais la démarche documentaire choisie par le réalisateur montre là ses limites. Et notre coeur se serre un peu quand on entend Mme Jacquot dire à Mathias "Qu'elle l'aime bien" et "qu'elle espère qu'il continuera à venir la voir". Nous aussi.
A travers le portrait de Madame Jacquot, Mathias pose donc avec pertinence et talent toutes les questions qui tournent autour du sort de ceux qui deviennent "trop" vieux. On les met "en maisons", mais leur accorde-t-on encore toute l'attention et la dignité qu'ils méritent ? Cette réflexion sur le vieillissement, qui nous concerne tous, et la dimension d'humanité dans le regard que pose Mathias sur Madame Jacquot a séduit le public de Media 10/10. Il a décerné son prix aux Mots de Mme Jacquot. Et, de fait, le portrait de vieille dame fonctionne de manière remarquablement efficace.


