février 2007
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Odette Toulemonde d'Eric-Emmanuel Schmitt
Quand elle est très heureuse, Odette s'envole. Le bonheur rend léger et permet sans doute de voir les choses de haut. Un écrivain lui a rendu le goût de vivre quand elle a perdu l'amour de sa vie. C'est à son tour de donner. Quand lui perd le sens de ce qu'il a construit, il vient trouver refuge chez elle. A ses côtés, il va prendre des "leçons de bonheur".

Ce qui est paradoxal à la vision de ce premier essai d'Eric-Emmanuel Schmitt, c'est qu'Odette a beau s'envoler, le film lui, semble manquer d'air. Les gros plans sont nombreux ; quand ils sont filmés à l'américaine, les personnages sont souvent entre quatre murs ; la profondeur de champ est plutôt inexistante, voire brumeuse. Les pièces sentent le décor et l'appartement d'Odette, où elle collectionne les poupées, est une boîte à chaussure. Du monde, on ne voit pas beaucoup. Quelques images de Bruxelles, de Paris, un peu de mer à la fin où le champ s'élargit enfin. Bien qu'Odette s'envole et qu'elle flotte... Et même l'image du film s'en ressent, rarement lumineuse, pas vraiment colorée, souvent un peu terne. Comme les murs jaune vert de l'immeuble d'Odette. Qu'elle s'amuse à mettre la table en chantant, ou que tous jouent ensemble à Joséphine Baker, les scènes de danse ont du mal à décoller, les plans semblent un peu trop fixes ou un peu trop longs, la caméra reste un peu statique. En un mot, le film semble manquer de couleurs, de légèreté, d'espace, de joie et de gaieté.
C'est paradoxal d'abord parce que tel est le sujet de ce film, la capacité d'un regard à transformer la laideur en beauté. Ensuite parce qu’ Eric-Emmanuel Schmitt sait raconter des histoires et que dans ce "Il était une fois", il y a de l'enfance, de l'envie de s'asseoir sur la lune, les jambes pendantes dans les étoiles et de retrouver la magie du cinématographe à la Méliès - il y a d'ailleurs comme de la nostalgie qui flotte dans tout cela. On sent d'ailleurs qu'il s'amuse, s'essaie, aime ses acteurs, le texte, le cinéma et la comédie musicale. Mais cette histoire-là enchaîne ses "péripéties" et autres rebondissements trop souvent à coup de bons mots, de tableaux successifs au symbolisme un peu poussif ("Ça va, Jésus?"), de personnages caricaturaux (le fils homosexuel et coiffeur, l'épouse vampirique et adultère, le critique bête et très méchant…) , des raccourcis narratifs étonnants (quand Odette se retrouve en proie à la jalousie soudaine de ses collègues) avec parfois même un humour un peu acide (comme cette lectrice idiote qui vient dédicacer un livre qui n'a pas été écrit par l'écrivain présent).
Alors peut-être le film aurait-il gagné à friser le délire, à jouer jusqu'au bout la carte de la naïveté, du rose bonbon et de la légèreté, à assumer entièrement et absolument le point de vue de cette Odette pas du tout comme tout le monde. Avec toute la préciosité, le petit côté suranné, cette spontanéité proche de la naïveté, cette élégance inhérente désormais à la merveilleuse Catherine Front et que met en lumière la belle noirceur d'Albert Dupontel. Ou peut-être à explorer cette nostalgie qui flotte quelque part par là.


