novembre 2008
Editorial
Entrevue filmée
- Sur le tournage de la Régate de Bernard Bellefroid
- 9 mm de Taylan Barman
- Sur le montage de Soeur-Sourire de Stijn Coninx
- Frédéric Sojcher commente Cinéastes à tout prix
- Cinéma cinéastes - Ursula Meier
Entrevue
- Serge Meurant : carte blanche pour Filmer à tout prix
- Justine Montagner : Festival International des Ecoles de Cinéma de Huy
- Taylan Barman : 9 mm
- Portrait d' Emmanuel Jespers
Critique
- Home d’Ursula Meier
- Les Bureaux de Dieu de Claire Simon
- Noces de cendre de Pierre Eden Simon
- (N)iemand de Patrice Toye
- 9mm de Taylan Barman
Sortie DVD
- Triangle de Johnnie To
- L’Homme sans âge (Youth Without Youth) de Francis Ford Coppola
- Leven en dood op het land d'Emile Degelin - Belfilm
- Cinéastes à tout prix de Frédéric Sojcher
- Promets-moi d'Emir Kusturica
Publication
- Une histoire mondiale des cinémas de propagande
- Trafic 67 - automne 2008
- Jean-Jacques Rousseau, cinéaste de l’absurde
Tournage
Mohamed Ouachen Brahim
Tournage de Battle de Mohamed Ouachen
Hip hip hop…
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Jeudi 23 octobre. Rendez-vous est pris avec l’équipe de tournage du film Battle à 14h00 rue Emile Wauters, étrange rue, où l’on peut apercevoir trois boules de l’Atomium flotter au-dessus des toits des maisonnettes typiques. … surréaliste ! |
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Mohamed Ouachen, dit aussi KK8 (prononcez cacahouète) réalise son premier long métrage sur un monde qu’il connaît bien, celui du hip-hop : hip pour exprimer sa joie, hop pour traduire un mouvement, un saut. Justement, Mohamed, c’est l’enthousiasme fait homme, son mot préféré, « magnifique». Magnifiques donc les comédiens et l’équipe qui l’entourent et le soutiennent, magnifique d’avoir la chance de pouvoir raconter une histoire, magnifique journée… Du théâtre au cinéma, il fait le grand saut pour raconter l’histoire d’un groupe de jeunes passionnés de break dance issus des quartiers populaires de Bruxelles. |
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« J’ai commencé à breaker vers l’âge de dix ans, et c’est un univers que je connais bien. J’avais envie depuis longtemps de raconter une histoire comme celle de Battle, pour montrer la communauté maghrébine de Bruxelles, à laquelle j’appartiens, d’une autre façon que celle décrite par la télévision ou la presse écrite. Ce n’était pas un créneau à prendre, mais la nécessité de faire entendre notre voix, de montrer la poésie qui existe dans ce milieu-là.»
Quatre ans pour écrire le scénario entre deux pièces de théâtre, puis une rencontre décisive, celle de Gérald Frydman de l'Atelier Alfred qui décide de produire le film. «Un ami nous a mis en contact, parce que Gérald Frydman avait envie de faire une comédie musicale. Je dois dire que nos opinions divergeaient sur pas mal de sujets, mais malgré ça, on s’est très bien entendu. Gérald Frydman est un personnage à part, un véritable passionné. Je partage totalement son idée du cinéma comme un art ouvert et populaire. Je lui ai montré mon projet, et il a décidé de me soutenir.»
Battle réunit une vingtaine de personnages dont cinq personnages principaux. Le héros de cette histoire, Mounir (Samir Hammoudi) est danseur dans un collectif. À l’approche de la trentaine, face à la réalité sociale et à l’incompréhension de sa famille, Mounir se sent contraint de faire un choix entre son rêve et la réalité. Il rencontre alors Rabia (Hélène Couvert), issue d’une famille mixte (chrétien-musulman) qui va le pousser à choisir ce que lui dicte son cœur.
«Mounir est un rêveur. Les immigrés de la première génération ont passé leur vie à construire, à travailler pour gagner leur vie. La deuxième génération, (la télévision et la société dans laquelle on vit y sont pour beaucoup), est une génération qui a grandi dans le rêve. Le rêve peut créer des situations très compliquées, des désirs impossibles à réaliser et donc des frustrations qui entraînent la colère, la haine, l’impression que la vie ne veut pas de vous. C’est un processus très violent pour certains.»
L’équipe est « presque » au complet et prête à tourner la première scène de la journée. Un des comédiens n’a pas pu se libérer, et c’est le deuxième assistant réa, Nicolas Jacob, qui va improviser le rôle d’un voyou pour l’occasion. L’équipe l’encourage et le taquine sur son idéale barbe de trois jours pendant que derrière la P2, le chef op’, Guillaume Vandenberghe, règle le cadre.
Scène de rue. Medhi (Youri Garfinkiel) est rejoint par deux hommes pas très catholiques (Nicolas donc, et Mohamed Shark) devant une grosse 4X4 garée là comme par magie. Il faut couper la scène au moment où Youri repart et que Mohamed introduit la clé dans la voiture : elle n’est pas à eux, ce n’est donc pas la bonne clé ! Le manque de moyen entraîne toute une série de stratagèmes : une habitude pour l’équipe. On décide de retourner la scène à deux, sans Nicolas, soulagé de retrouver son poste initial. Coupé ! Mohamed ne trouve plus les « fausses » clés. À la troisième prise, c’est dans la boîte.
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Entre deux scènes, Youri déploie son énergie pour exécuter quelques figures de break dance au milieu de la rue. 1 2 3 photos. Les passants étonnés le regardent. C’est sa deuxième expérience de long métrage, mais ici, son rôle est plus important que dans Sans rancune, le dernier film d’Yves Hanchar. Il y incarne un jeune danseur qui mène une vie parallèle et combine dans des affaires un peu louches pour pouvoir s’en sortir.




Un peu essoufflé, Youri nous décrit son personnage : «Medhi est une sorte de gentil emmerdeur. Il est un peu grande gueule, immature, pas toujours très net, mais il est touchant, parce qu’il essaie véritablement de réussir. C’est quelqu’un qui croit en lui, et qui se donne à fond dans ce qu’il fait. Je pense que ce film va vraiment apporter quelque chose au milieu de la danse, que les gens vont pouvoir s’identifier à ces personnages qui galèrent, mais qui ont la foi.»
Le réalisateur rappelle Youri pour répéter la seconde scène, résumée, dans la feuille de service, par ces quelques mots : « Mehdi cède les clés de sa BM ». La BM en question, ils l’a trouvent un peu plus loin, dans la même rue : une chance !
Philippe Geus, le directeur de production de l’Atelier Alfred sourit.
«Il faut faire avec les moyens du bord, mais tout le monde se prête au jeu. Quand j’entends que des films se font avec ce que l’on appelle des micro-budgets à savoir plus de 100.000 euros, je me demande comment on appellerait le nôtre, puisqu’on arrive à tout faire avec seulement 15.000 euros ! Et pourtant ça marche, grâce à toute l’équipe qui soutient Mohamed et qui est vraiment enthousiaste. C’est beau à voir cette énergie déployée. La plupart des comédiens travaillent en journée et viennent tourner le soir.»
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Zora Bouazza, la 1ère assistante pleine d’entrain, renchérit en souriant : «Il y a ce qu’on appelle les cours du soir, nous on fait un film du soir !» |
Après quelques mises au point avec les comédiens, l’équipe est prête à tourner la deuxième scène. La BM est toujours là. Mohamed écoute avec attention les conseils de son chef op’ Guillaume Vandenberghe. Souriant, ouvert, il fait confiance à son équipe.
«Je suis et je reste avant tout comédien. Le théâtre est une priorité. Je suis passé derrière la caméra à cause d’un manque. Personne n’était là pour raconter cette histoire, et j’ai senti la nécessité de le faire. En même temps, je ne veux pas faire un film militant. On a tendance à mettre les gens dans des tiroirs parce que c’est rassurant, mais l’angoisse, les questions existentielles sont les mêmes pour tout le monde que l’on soit juif, musulman ou chrétien. C’est peut-être bête, mais j’ai envie de dire « tout le monde est tout le monde » de manière à ce que lorsqu’on regarde l’autre, on puisse se sentir proche de lui. Quand je vois cette équipe, des belges francophones, néerlandophones, des maghrébins, musulmans ou pas, tous réunis autour d’un même projet, je me dis que j’ai raison ! » Youri renchérit : "Et mon père est Polonais... Juif Polonais !"
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La deuxième scène de 10 secondes est terminée, et l’équipe prépare la prochaine, une scène à l’intérieur d’une voiture, qui, cette fois, leur appartient… Vincent Coen est au volant. Il interprète le rôle de Peter, le manager du groupe.
L’heure de la pause a sonné, et tout ce petit monde se retrouve au Delizia devant un plat de pâtes familial.
Encore deux jours de tournage, et le montage va pouvoir commencer.
«On doit encore tourner deux ou trois scènes de danse fin novembre, des scènes qui seront comme des inserts hors réalité. J’ai invité des rappeurs, des slameurs, des grapheurs et même une chanteuse de jazz à venir faire des performances. Ces personnages ne font pas partie de l’histoire, ils clôturent un chapitre, un acte… un peu comme au théâtre. Mon film n’est pas un film SUR le hip hop, ce milieu artistique est simplement le contexte dans lequel mes personnages vivent, évoluent, même si, bien sûr, cela influence leur vie et vice-versa.
Sarah Pialeprat
Battle de Mohamed Ouachen
Production : Atelier Alfred






